Archives de catégorie : Journal

Pour étouffer la nuit, pour étouffer l’ennui, j’emprunte les mots d’un autre et j’écris.

Texte écrit lors de l’atelier découverte

Pour étouffer la nuit, pour étouffer l’ennui, j’emprunte les mots d’un autre et j’écris.
Mais c’est plus fort que moi, je fais et je refais sans cesse le calcul de l’ennui : Mes soucis s’additionnent ; mes angoisses se multiplient. Au total, ça ne tombe jamais juste. Je crois que je vis dans un périmètre trop étroit. Et la racine carrée du sens de ma vie me reste une inconnue.
Alors faute de pouvoir me donner la formule, Pierrot, enfant nourri de lait de sirène, fais-moi un signe et prête-moi ta jolie plume… de cygne. Laisse-moi tracer sur le papier les bleus que j’ai toujours voulu taire, ces pirates de mon crâne qui me sabordent et me sabotent.
La proximité de la mort ne me rend pas meilleur. A quand le grand plongeon ?
Il me faut encore exorciser de vieux démons. Le premier jugement m’a figé, m’a retenu d’avancer. Que me réserve le dernier ?
 
(Michel Fostier)
 

C’était un samedi soir sur la terre

Texte écrit lors de l’atelier d’écriture « Route de soi ».

C’était un samedi soir sur la terre. Et pourtant à cet instant il n’était ni jour ni lieu. Parce qu’il était devant moi. Et que j’étais devant lui. Je précipitais mes yeux dans ses colonnades, je perdais mon souffle au flanc de ses pierres massives. Le temple était là. Et tout entier il me souriait, ses allées comme autant de commissures bienveillantes, chacune des pores de sa peau pétrifiée comme un appel. Je le regardais, et en lui je voyais comment on l’avait rêvé, comment on l’avait vécu, comment on y avait cru, comment on l’avait oublié et comment moi je l’aimais. Il semblait dire : Mon nom est rouge et pourtant je serai ce qu’il te plaira, parce que tu me regardes avec cette ardeur là et que pour cette raison je t’appartiendrai toujours un peu. Nizami compare la bouche de la sublime Shirine à un encrier cramoisi débordant de perles. Dans une fièvre vespérale, j’ai vu dans ce sourire là une plume débordante de mots que seul le temps peut conférer aux pierres.
 
Texte écrit dans l’atelier route de soi
(Laurence Bouvin)