C’était un samedi soir sur la terre

Texte écrit lors de l’atelier d’écriture « Route de soi ».

C’était un samedi soir sur la terre. Et pourtant à cet instant il n’était ni jour ni lieu. Parce qu’il était devant moi. Et que j’étais devant lui. Je précipitais mes yeux dans ses colonnades, je perdais mon souffle au flanc de ses pierres massives. Le temple était là. Et tout entier il me souriait, ses allées comme autant de commissures bienveillantes, chacune des pores de sa peau pétrifiée comme un appel. Je le regardais, et en lui je voyais comment on l’avait rêvé, comment on l’avait vécu, comment on y avait cru, comment on l’avait oublié et comment moi je l’aimais. Il semblait dire : Mon nom est rouge et pourtant je serai ce qu’il te plaira, parce que tu me regardes avec cette ardeur là et que pour cette raison je t’appartiendrai toujours un peu. Nizami compare la bouche de la sublime Shirine à un encrier cramoisi débordant de perles. Dans une fièvre vespérale, j’ai vu dans ce sourire là une plume débordante de mots que seul le temps peut conférer aux pierres.
 
Texte écrit dans l’atelier route de soi
(Laurence Bouvin)

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